Connaissez-vous la nouvelle orthographe?

Je ne ferai sursauter personne en affirmant que la langue française est remplie de pièges grammaticaux et orthographiques. En effet, qui n’a jamais pesté contre toutes ces règles compliquées (et leurs nombreuses exceptions!) régissant l’accord des participes passés ou le pluriel des noms composés? Sans parler des multiples façons de pouvoir transcrire un même son (o, au, eau, ault, aud…).

Il y a déjà plus de 20 ans, les autorités linguistiques françaises ont tenté de simplifier quelques aspects de la langue. Ces propositions, connues sous le vocable de rectifications orthographiques, demeurent néanmoins méconnues et ne soulèvent pas toujours l’enthousiasme…

Qu’est-ce qu’une rectification orthographique?

Les rectifications orthographiques, présentées par le Conseil supérieur de la langue française et approuvées par l’Académie française, ont été publiées pour la première fois le 6 décembre 1990 dans le Journal officiel de la République française.

Elles « visent à simplifier certaines graphies et à supprimer des anomalies, des exceptions ou des irrégularités de l’orthographe française. Elles touchent un peu plus de 2000 mots du vocabulaire actuel, mais aussi et surtout l’écriture des nouveaux mots, tout particulièrement dans les domaines technique et scientifique. » (Source : Multidictionnaire de la langue française)

Les rectifications orthographiques en quelques points

Ces nouvelles règles sont réparties en grandes catégories :

  • Soudure de mots (contre-jour et agro-alimentaire deviennent par exemple contrejour et agroalimentaire)
  • Traits d’union dans les nombres composés (vingt-et-un plutôt que vingt et un)
  • Pluriel des noms composés (des gratte-ciels et des avant-midis plutôt que des gratte-ciel et des avant-midi)
  • Francisation des emprunts à d’autres langues (un artéfact / des artéfacts, des maximums)
  • Accents (céleri, événement, abîme et disparaître deviennent par exemple cèleri, évènement, abime, disparaitre)
  • Accord de certains participes passés (laisser suivi d’un infinitif est maintenant invariable : Nous les avons laissé faire)
  • Rectification de diverses anomalies, en particulier les séries désaccordées (bonhommie plutôt que bonhomie pour uniformiser avec bonhomme; persiffler s’écrit maintenant avec deux f, comme siffler)

Un usage toujours flottant

Presque 21 ans après la parution des rectifications, l’utilisation de la nouvelle orthographe est loin d’être systématique. Partout dans la Francophonie, la position des organismes officiels et des instances de l’éducation demeure floue et se borne bien souvent à accepter les deux variantes, l’ancienne et la nouvelle. L’enseignement de la nouvelle orthographe, bien qu’encouragé, est fréquemment laissé à la discrétion des enseignants ou des établissements – ce qui peut entraîner (ou entrainer!) une certaine confusion chez les élèves.

Les livres, journaux et dictionnaires restent également plutôt frileux, de sorte que le grand public est relativement peu familier avec la nouvelle orthographe.

Le paradoxe francophone

En guise de conclusion, je ne peux m’empêcher de souligner cette apparente contradiction : les francophones aiment bien râler contre la complexité de leur langue, mais opposent une résistance parfois très « émotive » lorsqu’on souhaite la modifier…  même si c’est pour se faciliter la vie.

Je l’avoue, je n’arrive toujours pas à écrire cèleri, nénufar ou paraitre sans sourciller… Mais je suis parvenue à publier un billet de blogue intitulé Des gratte-ciels à charpente de bois!

Et vous? Connaissez-vous et utilisez-vous la nouvelle orthographe?

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4 réponses à Connaissez-vous la nouvelle orthographe?

  1. Diane Touchette dit :

    Non, je ne l’utilise pas et m’y oppose farouchement. C’est justement la complexité (entre autres) de la langue qui la rend unique et si belle. CESSONS d’insister à vouloir niveler par le bas ! La loi du moindre effort semble devenue la norme de cette génération!

  2. Robert Bégin dit :

    Après avoir annoncé ma décision auprès de mes correspondants, je n’utilise que la graphie rectifiée depuis environ trois ans. Le logiciel Anditode RX a été pour moi un outil essentiel pour effectuer cette transition.

    Plusieurs de mes connaissances qui résistent à son utilisation utilisent, sans le savoir, plusieurs règles de la graphie rectifiée. Ainsi, plusieurs utilisent le mot évènement sans s’apercevoir de sa graphie rectifiée. La plupart ne sauraient érire un chiffre composé sans maitriser les anciennes règles complexes des traits d’union. Cela démontre à mes yeux la logique de cette nouvelle graphie.

    Avant de prendre ma retraite d’un ministère fédéral, l’an dernier, j’avais commencé à utiliser cette graphie. Néanmoins, je restais frileux dans son utilisation pour des documents plus officiels, tels des rapports.

    Je sourcille encore quand j’utilise le mot aout sans son accent traditionnel. C’est le cout à payer.

  3. Anne dit :

    Pour ma part, j’utilise sans même m’en apercevoir certaines graphies rectifiées (notamment les mots soudés, comme « plateforme »). Par contre, j’ai un inexplicable malaise à écrire « ognon » ou « nénufar »… Une question d’habitude, probablement.
    Un autre problème, à mon avis, est le caractère non obligatoire des rectifications. Cela apporte encore plus de confusion, surtout pour les élèves qui apprennent tantôt les graphies traditionnelles, tantôt les nouvelles. Selon moi, il faudrait se décider : ou bien on réforme et on rend le tout obligatoire, ou bien on laisse tel quel. Sinon, le flottement actuel, qui dure depuis plus de 20 ans, se poursuivra encore longtemps…

  4. Ping : Le 20 mars, c'est la Journée internationale de la Francophonie

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