Envie d’hiberner jusqu’à Mars?

Eh non, ce n’est pas une coquille : je voulais bien dire jusqu’à Mars et non jusqu’en mars ! Vous avez peut-être entendu parler de la mission Mars One, qui entend envoyer le premier contingent de colons habiter sur la planète Mars dès 2023 (déjà plus de 200 000 inscrits!). L’aventure vous tente ? Même si je vous dis que le trajet risque de durer de 6 à 9 mois, dans un espace très réduit ? Question de rendre les voyages interplanétaires plus agréables – et de réduire leurs coûts – des chercheurs investiguent la possibilité d’induire chez l’humain un état d’hibernation.  De la science-fiction, pensez-vous ? De moins en moins !

L’hibernation, qu’est-ce que ça mange en hiver ?

Commençons par clarifier la différence en l’hibernation et l’hivernation. Les deux notions sont souvent confondues : ainsi, contrairement à la croyance répandue, l’ours noir n’hiberne pas, il hiverne. La différence principale tient au fait que, si le rythme auquel bat son cœur ralentit considérablement, sa température corporelle reste sensiblement la même tout au long de sa période de repos hivernal.

Chez les animaux qui hibernent, comme la grenouille, la marmotte ou certaines espèces de tortues, survivre à l’hiver implique de réduire au minimum les besoins énergétiques : grâce à une forme d’hypothermie régulée qui leur permet d’ajuster la température de leur corps à la température ambiante, ils dépensent beaucoup moins de calories que s’ils maintenaient constante leur chaleur corporelle. Ils arrivent ainsi à subsister jusqu’au retour des beaux jours, brûlant progressivement leurs réserves.

Un primate qui hiberne

On a découvert récemment qu’une espèce de primate pratique une forme d’hibernation : une première! En effet, certaines variétés de lémuriens de Madagascar (du genre Cheirogaleus) vivent dans des forêts dont la température, qui avoisine les 30 °C en été, oscille entre 0 °C et 5 °C en hiver : un changement drastique, auquel ils survivent en se mettant à l’abri (dans un arbre ou sous une couche de terre), et en abaissant leur température corporelle pendant la saison froide. C’est donc dire que l’hibernation n’est pas complètement hors de portée pour les primates… grande famille dont fait partie l’humain !

Hiberner, c’est fatiguant

Un des problèmes majeurs envisagés lorsqu’on parle d’hibernation chez les humains, c’est ironiquement le manque de sommeil. En effet, les animaux qui hibernent semblent ne bénéficier que de la phase de sommeil paradoxal, sans phase de sommeil profond. Or, un humain privé de sommeil profond dépérit rapidement – c’est aussi vrai pour plusieurs autres espèces animales, dont le rat. Mais puisque le lémur y arrive… pourquoi pas nous, se demandent les chercheurs ? La réponse nous échappe encore, mais n’est peut-être plus si loin. Pour l’instant, on essaie de comprendre comment l’adénosine, la molécule responsable de l’état d’hibernation chez les animaux, agit exactement : serait-ce la clé ?

Les applications multiples de l’hibernation artificielle

Si les scientifiques sont si intéressés par la question de l’hibernation chez l’humain (et les façons de la provoquer), c’est qu’elle ouvre de multiples possibilités. Outre celle de faire dormir les astronautes pendant leurs longs voyages spatiaux – enfin, pas tous, puisqu’il en faudra quand même un pour piloter le vaisseau et s’assurer que tous les « dormeurs » reçoivent leurs nutriments quotidiens par voie de soluté – il y a les applications médicales.

On pourrait par exemple plonger en hibernation un patient nécessitant une greffe ou des soins urgents jusqu’à ce qu’il soit possible de les lui prodiguer : le métabolisme fonctionnant alors au ralenti, on gagne un temps précieux. En fait, on utilise déjà des techniques permettant d’abaisser temporairement la température corporelle dans certains cas de chirurgie cardiaque, ce qui permet de réduire les risques de complication… un premier pas intéressant !

Prêts pour un long dodo bien « spatial » ?

Question de faire de beaux rêves, je vous laisse sur ces images de bébés lémurs nains… :)

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3 réponses à Envie d’hiberner jusqu’à Mars?

  1. Sylvain dit :

    Très intéressant merci :-)

  2. Karine Levesque dit :

    Wow intéressent!!! Ça serait super si ça fonctionnerait :) Mais je suis septique…

  3. Gary dit :

    Ca me fait penser à la cryogénisation qui couvrirait à peu de choses près les mêmes besoins. Ce serait un moyen d’arrêter les ravages du temps sur un individu pendant une période donnée, mais cela reste vraiment de la science fiction à l’heure actualle. Merci pour cet article très intéressant.

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